Yann Arthus-Bertrand

YANN ARTHUS-BERTRAND

 

 

 

DONNONS UN SENS A NOS VIES!

 

Il est l'un des seigneurs de l'image. Le photographe Yann Arthus-Bertrand pose un regard tendre et lucide sur notre planète qu'il a photographiée sous tous les angles. Immersion dans son monde, à quelques kilomètres de Paris. 

 

À deux pas de la forêt de Rambouillet, dans le parc de sa maison, le photographe français Yann Arthus-Bertrand a réalisé son rêve: une cabane perchée dans un chêne d'au moins 250 ans, à 15 mètres du sol. L'homme a beau être le photographe actuel le plus réputé sur le plan international, il redevient un enfant lorsqu'il gravit l'escalier en colimaçon qui mène à son refuge. À l'intérieur, il a réuni une série d'objets qui ont marqué son parcours. Parmi eux, la réplique de l'un de ses appareils photo, sculpté dans la pierre, qui lui a été offerte lorsqu'il a quitté le Kenya, quelques lettres de l'alphabet du jardin d'enfants de Tchernobyl, des photos de la construction de la cabane, des livres de philo et… des albums du Marsupilami. Dans ce nid aménagé, Yann Arthus-Bertrand se retire pour réfléchir, peaufiner ses projets, écrire, écouter le brame du cerf… "Mais je finis presque toujours par m'y endormir! Le téléphone ne fonctionne pas, ici. C'est tranquille", sourit-il.

Parler de lui n'est pas la préoccupation majeure de ce globe-trotter. Il le dit d'ailleurs avec simplicité: "Etre le photographe le plus connu au monde, d'accord, c'est très bien. Mais qu'est-ce que j'en fais, de ce titre? Pour moi, le choix est fait: je l'utilise pour donner du sens à ma vie, pour faire quelque chose d'utile."

 

Flash-Back

 

Retour en arrière. Pour marquer l'entrée dans le nouveau millénaire, Yann Arthus-Bertrand a décidé de se lancer dans un projet ambitieux en prévision de l'an 2000. Étonné par le manque d'initiatives suscitées par ce changement de cap, il  commence à photographier notre Terre. Le succès est immédiat. Depuis la sortie de son livre "La Terre vue du Ciel", dans lequel figurent des photos somptueuses prises dans 80 pays, ses ouvrages et ses clichés s'arrachent. Soixante expositions ont été organisées à travers le monde, visitées par soixante millions de personnes. Lui qui a photographié les mille visages de notre planète reste très humble. La beauté de ses photos ne fait que refléter, estime-t-il, la beauté de la Terre.

"Le succès de ce projet nous a un peu dépassés, avoue-t-il. Et il est vrai que l'on ne sort pas d'une telle expérience sans avoir changé. La terre est belle et lisse. C'est un ensemble dont l'homme fait partie. Aujourd'hui, je m'interroge. Pourquoi a-t-on créé les frontières? Pourquoi n'arrive-t-on pas à vivre en bonne entente?  Est-ce trop tard pour chercher des solutions? Pour moi, désormais, parler de nature, c'est parler développement durable, économie et aspect social. L'homme est indissociable de la Terre.  À mes yeux, la clé  de tout, c'est d'arriver à vivre ensemble."

 

"Je crois en l'homme"

 On l'aura compris: Yann Arthus-Bertrand respecte l'homme autant que la nature. Cette dernière, il continue à en capter les multiples reflets avec son agence de photographie aérienne, "Altitude". Ses portraits de la planète vue du ciel mettent en valeur la diversité des peuples et des sites, en suivant un mot d'ordre constant: ne jamais porter de jugement.

"Avec mes collaborateurs, explique le photographe, nous travaillons sur quelque chose d'essentiels à tous, la beauté. Un coucher de soleil, de la neige fraîche, un joli bébé… Autant d'images qui nous touchent tous. En ce qui concerne notre planète, il est vital de la préserver. J'aime beaucoup cette phrase de Jean Monnet, l'un des pères fondateurs de l'Union Européenne, qui dit "l'important n'est pas d'être optimiste ou pessimiste, c'est d'être déterminé". Je suis de plus en plus optimiste et déterminé, car je crois en l'homme. En Afrique, j'ai vu des gens s'occuper des réfugiés. Ils étaient là pour eux. Un jour, en Inde où je réalisais un sujet sur les chevaux, je me suis trouvé dans une léproserie où une religieuse française s'occupait des malades depuis 1930, sans jamais être rentrée en France. Quand je suis arrivée, elle tenait dans ses bras un lépreux en train de mourir. Il n'avait plus de nez, plus d'oreilles. Et elle l'embrassait. Il est mort dans ses bras. Le soir, cette femme irradiait. Les gens qui donnent ainsi, irradient tous. Ils ont quelque chose en plus. C'est ce qui me rend optimiste."

 

Respect au quotidien

De ses voyages autour du monde, Yann Arthus-Bertrand est revenu marqué par la beauté de la terre, et par la profondeur de certains êtres humains. Il a évolué en fonction de ses expériences, et monte des projets de plus en plus ambitieux, tous tournés vers l'homme et son environnement. 

"Je ne renie pas le travail que j'ai effectué auparavant, comme les clichés de races en voie de disparition, de spécimens primés, ou les portraits réunissant des hommes et leurs animaux favoris. Ce qui me touche, c'est ce rapport d'amour qui existe entre l'homme et l'animal. C'est un travail que je n'ai plus envie de faire aujourd'hui. Mais je continue à me battre pour que l'animal soit respecté et puisse vivre dans des conditions décentes."

Très engagé dans la protection de l'environnement, le photographe  mesure le chemin qu'il reste à parcourir, sans amertume.

"Beaucoup de gens parlent, mais peu agissent réellement, constate-t-il. Il suffirait pourtant de gestes simples, comme prendre le train de temps en temps à la place de la voiture, donner un peu d'argent, ne pas gaspiller l'énergie. Nos ressources ne sont pas illimitées, il est temps d'en prendre conscience. J'ai décidé de réaliser avec mon équipe un agenda portant sur ce sujet."

Son respect inné de la nature se retrouve dans chaque détail de sa vie. Un détail parmi d'autres: la réalisation de la cabane dans l'arbre n'a pas fait souffrir le vieux chêne dans lequel pas le moindre clou n'a été planté…

 

(Martine Bernier - décembre 2004)

 

 

 

 

 

 

YANN ARTHUS-BERTRAND

 

Six milliards d'autres

 

Après la Terre vue du Ciel, le photographe s'est lancé dans un nouveau projet: recueillir des témoignages filmés d'habitants de la planète, tous pays confondus. 

 

Si tout ce que fait Yann Arthus-Bertrand se transforme en réussite, ce n'est pas par hasard. Sans cesse en action, il fourmille d'idées, travaille énormément et sait s'entourer de collaborateurs compétents et motivés. Dans ses bureaux situés à Paris, l'ambiance est bon enfant, mais laborieuse. Les locaux sont répartis en fonction des projets en cours. Et ceux-ci ne manquent pas. Le dernier en date, le maître des lieux en parle avec une pointe d'émotion dans la voix:

"Vous allez trouver que c'est complètement fou, ou démesuré. Mais, je le répète, on ne peut pas avoir réaliser le travail que nous avons accompli sans avoir envie d'aller plus loin. C'est pour approfondir ma démarche et mieux comprendre les hommes que j'ai décidé de lancer "Six milliards d'autres". Il s'agit cette fois de comprendre les êtres humains de tous pays, en leur demandant de témoigner sur des thèmes donnés."

 

Semblables et différents

 

En cours de réalisation depuis bientôt deux ans, ce nouveau travail prendra des années. Après avoir dressé un état des lieux de la planète à notre époque, c'est à l'homme que l'équipe accorde toute son attention. Des journalistes mandatés sillonnent le monde et vont à la rencontre des gens. Ceux-ci sont filmés, et sollicités pour répondre à une série de questions parlant du bonheur, de leurs conditions de vie, de leurs rêves. Plus de 600 interviews ont déjà été menées à travers une quinzaine de pays, de l'Allemagne au Brésil, en passant par l'Afghanistan, l'Inde ou le Japon. Les témoignages sont saisissants de profondeur. "Quand vous demandez aux gens quel est le personnage qu'ils admirent le plus, relève le photographe, ils ne vous parlent pas d'acteurs de cinéma ou de sportifs. Ce sont des noms comme ceux de Gandhi, de Mère Teresa, ou de Nelson Mandela qui reviennent. Mon but avec ce travail est de permettre de mieux nous connaître. Quand j'ai commencé à monter le projet de la Terre vue du Ciel, j'ai fait peur à tout le monde. Nous cherchions des partenaires, mais au début, ça a été très difficile. Le patronage de l'UNESCO nous a été précieux. Cette fois, c'est la même chose. Je cherche un gros partenaire pour mener le projet à bien."

 

Expositions prévues

 

Une fois réalisés, ces portraits seront présentés lors d'expositions gratuites à travers le monde, afin de montrer au public à quel point les êtres humains se ressemblent dans leur universalité, et diffèrent dans leur individualité. Au-delà de la somme d'informations que ce travail contiendra, il visera le but ultime de son initiateur: "Nous, êtres humains, sommes restés sur de vieux concepts de survie, totalement dépassés, comme se battre les uns contre les autres. Il est évident que nous ne pourrons pas avancer sans comprendre comment nous fonctionnons, tous. Pour cela, nous devons apprendre à nous connaître…"

En attendant de découvrir "Six milliards d'Autres", la Suisse Romande recevra l'exposition "La Terre vue du Ciel" à Genève, au mois de mai 2005.

 



 

DEVELOPPEMENT DURABLE

 

Un Centre de développement durable unique au monde, en plein cœur du bois de Boulogne, offrant une information ludique aux jeunes générations, tel est le nouveau projet de Yann Arthus-Bertrand, associé pour l'occasion à la Fondation WWWF-France. 

 

 

"J'étais dans le désert, en Mauritanie, lorsque ma femme m'a appelé par radio pour m'annoncer qu'elle était enceinte. Quand on attend un enfant, on ne regarde plus les autres enfants de la même façon. C'est à dater de ce moment que j'ai commencé à m'engager pour le développement durable."

Il importe beaucoup à Yann Arthus-Bertrand de ne pas rester dans l'abstrait. Pour réaliser l'un de ses plus grands rêves, il a souhaité mettre en place des structures permettant d'informer le jeune public et  l'aider à effectuer les changements nécessaires dans ses habitudes quotidiennes. Il a donc lancé un concept, en collaboration avec la Fondation WWF-France: le projet Longchamp, "destiné à accompagner les nouvelles générations vers un avenir plus respectueux de notre Planète".

 

Site pilote

Au cœur du bois de Boulogne, sur une surface de trois hectares, ce site pilote de développement durable  va être implanté sur le domaine de Longchamp, délaissé depuis quatre ans. La parcelle dispose d'une biodiversité riche et préservée, enrichie d'espèces rares pour la région. Le Centre disposera des bâtiments existants, réhabilités pour l'occasion, soit 3'600 m2 de surface habitable, dont un château construit en 1926. Le site aura une vocation européenne et internationale, visant l'éducation à l'environnement. Il sera implanté dans un milieu naturel urbain écologiquement géré, mais sera aussi un pôle environnemental créateur d'emplois et générateur d'activités économiques. De la mise en chantier du site jusqu'à sa gestion, chaque étape du processus s'inscrira dans le cadre du développement durable.  Actuellement, le site est en cours de restauration pour y accueillir, dans le courant 2005, le WWW-France et l'équipe de Yann Arthus-Bertrand. Si tout se passe bien, le centre ouvrira en 2007. Une fois aménagé l'endroit abritera un projet pédagogique mettant en avant des résultats concrets écologiques, de santé et économiques.

Voué à accueillir de nombreuses expositions et animations axées sur la biodiversité, le développement humain, la bio-construction, la pollution et l'énergie, il sera ouvert toute l'année. Il proposera également des activités muséographiques, un restaurant bio, une boutique équitable, un cinéma de l'environnement, des salles de conférences et un centre de ressources permettant de répertorier et de mettre en lien  toutes les organisations qui oeuvrent dans les domaines du développement durable. Ouvert au grand public le week-end, le site devrait réserver l'accès gratuit aux élèves de l'école primaire au lycée en semaine. Quant au financement du projet, il reposera sur les dons de mécènes, tandis qu'un vaste appel à la générosité publique va être lancé.

 

AIDE AUX PHOTOGRAPHES

 

"Yann a voulu rendre aux photographes ce que la photo lui a donné…". Responsable du projet "3P", Evelyne Chevalier travaille sur l'une des réalisations les plus émouvantes de Yann Arthus-Bertrand. Comment aider les photographes professionnels ne disposant pas des moyens financiers nécessaires pour monter leurs projets photographiques ? C'est la question qu'il s'est posée, y apportant aussitôt une solution en créant un prix photo, financé par les photographes eux-mêmes. Les plus grands noms de la photographie, contactés par "l'Association of Photographers for a Photography Project", ont accepté de fournir gratuitement certains de leurs tirages. Ceux-ci sont ensuite vendus aux enchères. Les bénéfices de la vente sont remis au lauréat du prix. En 2003, les 150'000 euros récoltés ont permis de financer huit bourses. Cette année, entre 150 et 200 dossiers sont arrivés à la Fondation. La vente aux enchères, déjà effectuée, a permis de récolter 120'000 euros, qui seront prochainement attribués. Seuls impératifs pour être candidat à l'attribution d'une bourse: les  projets doivent  témoigner d’une façon ou d’une autre, des  rapports que l'homme entretient avec ses semblables, la société ou l’environnement.

 

(Martine Bernier - 2005 - Terre et Nature) 

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