Michel Boujenah

MICHEL BOUJENAH

 

LE CŒUR EN PROVENCE

 

Dans l'appartement qu'il occupe avec sa famille à Paris, Michel Boujenah semble de passage. Son véritable "chez lui" se trouve à St Paul-de-Vence, loin du bruit de la ville.  Entre ses  films, ses spectacles et ses responsabilités de directeur du Festival de Ramatuelle, cet homme hypersensible promène sur le monde un regard un peu mélancolique doublé d'un humour à fleur de peau. Et s'apprête à retrouver prochainement le public romand.

 

"Je vous offre un café?" La fatigue du décalage horaire a beau l'écraser, Michel Boujenah reste un homme du sud. Le sens de l'hospitalité fait partie de lui au même titre que le naturel et la chaleur humaine. Revenu l'avant-veille de Montréal, fêté par ses pairs pour ses 30 ans de carrière, il jette à son appartement un regard de survivant en lançant: "Vous vous rendez compte… hier, il y avait dix enfants ici pour une fête d'anniversaire!" Tout le charme de l'humoriste est dans ce regard à la fois amusé et vaguement perplexe. Son amour pour ses enfants, âgés de 8 et 10 ans, transparaît au détour de ses phrases. Tout comme ce goût des autres qu'il a utilisé pour créer les personnages attachants de ses spectacles. Ceux-ci sont épicés comme le sont ses souvenirs d'enfance, dont les racines sont plantées à Tunis où il a vécu ses premières années au bord de la mer. "Mes premiers souvenirs sont liés à l'odeur de la peinture bleue qu'il fallait souvent utiliser pour repeindre les volets et les portes abîmés par l'air marin. Les pigments de la peinture avaient un parfum particulier que j'adore. J'aimais aussi beaucoup celui de l'iode, les soirs d'été quand la mer remonte. Et puis, il y avait le jasmin, partout… J'en ai planté dix dans mon jardin, dans le sud de la France, en sachant parfaitement que tous ne survivraient pas. J'ai pu en sauver quatre, qui embaument. "

 

Parfums d'enfance

 

De son enfance en Tunisie, le comédien parle avec une chaleur teintée de nostalgie. Il raconte comment, le matin, il partait chercher les beignets fraîchement cuits dans l'huile pour les ramener à son père avant qu'il ne parte au travail. Il parle de la douceur de vivre, puis du déchirement ressenti, alors qu'il avait 11 ans, lorsque, avec sa famille, il immigre en France. "Quand je vois ce qui se passe en Afrique, j'ai honte de dire que j'ai été malheureux en arrivant à Paris. Mais il n'y a pas de hiérarchie dans la douleur. Nous vivions à six dans deux pièces, mais, au moins, nous n'étions pas à la rue. J'étais en révolte totale contre cette situation. J'ai connu le racisme: j'étais un arabe de confession juive. J'ai beaucoup souffert,  mais j'ai revendiqué mes racines, et cela m'a porté tout au long de ma carrière."

 

Un havre en Provence

 

Aussitôt qu'il le peut, Michel Boujenah s'échappe avec les siens, vers sa maison de St-Paul-de -Vence, sur la Côte d'Azur. Il avoue ne pas aimer les villes, ne se sentir bien que dans la campagne, près de la mer "y compris la Manche, pourvu que ce soit la mer!". Dès qu'il débarque dans sa maison de Provence, il retrouve un univers de liberté, pratique l'art de la sieste et… file à la pêche! Mais pas n'importe quelle pêche… "Je pratique la pêche en mer, avec mes copains. Ma spécialité, c'est la dorade. D'ailleurs, ma fille en a dessiné une que j'ai mise sous verre. Cette pêche, c'est une école de la patience. Nous partons de nuit, vers 18 ou 19 heures,  nous posons nos lignes et nous attendons souvent très longtemps. Nous mangeons sur le bateau, nous discutons... Puis, quand il y a une touche, il faut être adroit. Le poisson peut se débattre, il faut le ramener tout en douceur. Je ne pêche que ce que je mange, et je remets toujours  le reste à l'eau."

Lorsqu'il parle de son jardin en Provence, Michel Boujenah a des étoiles dans les yeux. De ce terrain de 6000 m2, il cultive la moitié et laisse l'autre en paix. L'artiste voue une véritable passion aux arbres. En arrivant, le jardin ne contenait qu'un olivier et un figuier couché. Ils ont été rejoints par beaucoup d'autres, tous plantés de ses mains, sous le soleil du sud qui lui est si cher. Comme il le précise en souriant, si à Paris, il écrit, réalise ses films, monte ses spectacles, joue… à St Paul-de -Vence, il vit, tout simplement.

 

Nourriture sacrée

 

"La cuisine est pour moi la pièce maîtresse de la maison. La mienne est décorée avec les tableaux de mes enfants. Elle a une âme. Je fais très attention à ce que j'avale, mais j'adore bien manger et cuisiner. La nourriture, pour moi, c'est sacré. Par exemple, je déteste que l'on jette le pain. Chez moi, on l'embrassait avant de le manger. La nourriture tunisienne est composée de beaucoup de grillades, de salades, de couscous. Mais j'adore aussi la cuisine japonaise, chinoise, italienne, la fondue au fromage et la raclette!"

Les plats typiques de nos contrées, il les retrouvera en septembre, lors de son passage au Théâtre du Jorat où, confie-t-il, il se réjouit de retrouver le public romand, toujours très chaleureux à son égard.

 

Martine Bernier - Mai 2008 - Terre et Nature

 

 

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×