Jean-Claude Dreyfus

UNE PERLE PARMI LES COCHONS

 

Comédien, chanteur, écrivain, Jean-Claude Dreyfus possède une particularité. Fou de cochon sous toutes ses formes, il en collectionne depuis 30 ans. A Paris, il nous a ouvert les portes de son monde, peuplé de groins hilares.

 

Installé dans son antre parisien, le comédien Jean-Claude Dreyfus sourit, de ce sourire mi goguenard, mi amusé qui lui est propre. "Je suis désolé pour le désordre: je suis rentré hier de la Rochelle…" Comme pour prouver qu'il n'exagère pas, il a un geste vers les piles de scénarios, le courrier, le joyeux bric-à-brac qui trônent à côté d'un ordinateur flambant neuf. Ne nous y trompons pas: ce désordre n'est qu'apparent. Partout, où que l'on pose les yeux, nichent les témoins de la passion du maître des lieux. Des cochons. Des centaines de cochons, sous toutes les formes, dans toutes les positions. Et ne vous avisez pas d'en déplacer un: l'acteur s'en apercevrait immédiatement.

Son amour du porc lui est venu il y a une trentaine d'année. Ses amis ont commencé à lui en offrir, en clin d'œil a son soi-disant mauvais caractère. "C'est vrai que, il y a fort longtemps, j'ai préféré quitter par trois fois des projets professionnels dans lesquels je me sentais mal, avoue-t-il, sans air faussement contrit. Vrai aussi qu'il ne faut pas trop m'embêter. Mais je me suis bien calmé, avec le temps. Donc, à l'époque, j'ai commencé par recevoir d'horribles tirelires à fleurs. Puis, je me suis acoquiné avec cet animal… Il est très amitieux, sensible. Sa forme me touche.  J'en ai connu, des cochons, chez mon ami Jean-Pierre Coffe. C'est un animal ludique, sensuel, assez beau, proche de l'homme…"

 

Collection rare…

 

En fait de sale caractère, Jean-Claude Dreyfus est un homme délicieux, disponible, d'une gentillesse exquise, au physique impressionnant. Il joue à peine de sa voix, de sa prestance, de son regard, amusé et amusant. Ne rentrant dans le lard de son prochain que lorsque, vraiment, celui-ci l'y a contraint.

Epris de liberté, il mène une carrière inclassable, flanqué de ses deux chiens Cheyenne et  Mado, et de ses cinq chats, entre l'écriture,  les planches des théâtres, les notes de ses tours de chants, la mise en scène, la publicité et les plateaux de cinéma et de télévision. 

C'est d'ailleurs à travers le rôle du boucher, dans le film "Delicatessen", au début des années 1990, que sa collection va prendre un nouvel essor. Ses amis et le public lui offrent des objets nombreux et originaux. Piqué au jeu, il commence à s'en procurer lui-même, de plus en plus beaux, de plus en plus rares. Jusqu'à voir son pied-à-terre parisien, sa maison du Minervois et sa demeure principale, à 100 km de Paris, envahis par plus de 4000 pièces.

Tableaux, figurines classiques ou insolites, cannes, affiches, boutons de porte, couteaux, masques, théières, pipes,  sculptures, tire-bouchons, peluches, jouets, médailles, céramiques, objets grivois: les représentations sont multiples, parfois poussiéreuses, toujours regardées avec une tendresse gourmande. Ce sont souvent des pièces uniques. L'artiste à la chevelure d'argent et à l'élégance insolite les montre avec fierté, en entourant chacune d'un luxe de précautions trahissant son attachement.  Et tandis qu'il va ranger l'une de ses pièces, l'on découvre sa suprême coquetterie: l'homme porte, ce jour-là, des chaussures en forme de sabots… de cochon.

 

De l'étagère à l'assiette

 Entre deux anecdotes, le comédien raconte sa rencontre avec Yves Lelong,  spectateur artiste, fan de son talent. Il réalise spécialement pour lui des objets coquins à l'effigie du pachyderme, qui mettent en joie son âme de collectionneur. Le cochon, l'acteur ne s'en lasse pas. Cet épicurien amateur de bons vins avoue l'aimer dans son assiette autant que sur ses étagères. "Je ne mange pas tout dans le cochon. Comme je ne suis pas très cartilagineux, je ne consomme pas les pieds de porc. Mais j'aime beaucoup aller à la "Tête de Goinfre", un excellent restaurant de mon quartier, où le porc est accommodé." 

D'autres personnalités, comme Pierre Desproges ou l'acteur Pierre Doris, ont collectionné des cochons dans le passé. Mais aucun n'a réuni d'objets aussi divers et nombreux que Jean-Claude Dreyfus. Très sollicité, il ne peut répondre favorablement à tout ce qui lui est proposé.

 

Cochons en expo

 

Tandis que les scénarios s'entassent en deux énormes piles, il explique qu'il accepte avec parcimonie les propositions annexes à son métier. "Les différentes Confréries du cochon m'invitent, notamment. Le plus souvent, je refuse car je ne peux tout accepter. Je n'aime pas trop déplacer ma collection, en principe.  Je l'ai déjà exposée deux fois, mais elle est fragile. Je suis très attaché à certaines pièces, particulièrement à celles qui ont été réalisées par certains de mes amis aujourd'hui décédés. Mais j'ai cependant accepté de la présenter lors d'une exposition qui débutera dans le courant du mois de janvier 2008, au Musée du Jambon de Bayonne. Elle y restera durant quatre ou cinq mois. Ainsi, la boucle sera bouclée!"

Cet amoureux du cochon en aura-t-il lui même un jour? "Peut-être, oui… mais, selon moi, ce n'est pas un animal fait pour la ville.  Même domestiques, les cochons ont besoin d'espace. Je les vois mieux, plus heureux, dans un grand pré."

Chez lui, l'artiste se prépare pour la tournée qui le mène cet automne dans quelques villes de France, avec la pièce "Réception",  de Serge Valleti, dont il partage l'affiche avec Claire Nebout. Puis, il travaillera à son prochain tour de chants: "Jean-Claude Dreyfus chante, en toute sobriété!".  Il fera suite au précédent, intitulé "De porc en port…"

 

(Martine Bernier - juin 2007 - Terre et Nature)

 

 

+ D'INFOS

 

-       Livre "Du cochon considéré comme l'une des Beaux-Arts", Jean-Claude Dreyfus, Ed. Le Cherche Midi.

-       "Jean-Claude Dreyfus présente: Les questions à la con", Edition Pascal Petiot

 

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