Exemple 2: Biographie de site

Naissance d'un château

 

Qu'y avait-il sur la colline, avant la naissance du château aiglon? Plusieurs civilisations semblent s'y être succédées: Ligures,  Nantuates, Celtes,  Romains, Burgondes, Carolingiens, Comtes et Ducs de Savoie etc…

Les premiers indices retrouvés remontent aux hommes néolithiques de l'âge de bronze. Ils seront quelques-uns à s'installer sur la butte ou à ses alentours. Dès le premier  millénaire avant Jésus-Christ, les lieux sont occupés avec certitude. Comme trace du passage des Ligures, il ne restera qu'un foyer sur plaque d'argile, découvert sur l'emplacement du château.

 

Mais c'est aux Celtes que la colline devra son nom. "Blonaire", dans leur langage, désignait une élévation de terrain. Cultivateurs, éleveurs et chasseurs, ils construisent des habitations de bois et donnent à certains lieux des noms encore reconnaissable de nos jours.

 

D'autres vestiges de construction témoignent de la présence d'une résidence gallo-romaine. A cette époque, entre le Ier et le Ve siècle après Jésus-Christ, l'exploitation agricole devait être très développée dans la région, comme en attestent les restes d'un aqueduc. La vigne devait, elle aussi, être déjà cultivée, si l'on en croit notamment le col d'amphore à vin retrouvé sur le site.

 

César et ses légions, passant par là, conquiert la Gaule au passage, et administre une sévère correction aux Helvètes. Les sommant de rentrer chez eux pour reconstruire leurs villes et leurs villages. 

 

Entre l'an 41 et 54 de notre ère, la voie impériale allant de Milan en Germanie et construite sous le règne de l'empereur romain Claude, passait par Aigle. Cette route romaine est dotée de relais, de pierres miliaires… et d'un passage situé à côté de la villa construite sous les vignes de l'actuel Prieuré.

 

La paix s'installe. Mais pas pour longtemps.

 

Les Burgondes, consignés d'office

 

Au Ve siècle après Jésus-Christ, la colline de Blonaire voit arriver de nouveaux habitants. Historiquement, les premières traces des Burgondes ont été relevées en Valais en 456 – 457. Venus de Scandinavie puis de Germanie, ils sont considérés comme des barbares par les Romains. Il faut reconnaître qu'ils ont tout fait pour les agacer. Les vandales, en quête de gloire et de nouvelles conquêtes, ont tenté de se dresser face aux légions pour étendre leur propre territoire.

Mal leur en prit. 

La rencontre, en 436, avec les troupes du général Aetius, les ramèneront, penauds, à la raison. Ils ont trouvé plus fort qu'eux.

Grands seigneurs, les romains décident non pas de les exterminer, mais de les assigner à résidence. En 443, ils leur accordent un "foedus", traité qui les confine dans l’actuelle Savoie. Une manière comme une autre de mieux contrôler ces turbulents personnages.

 

Le site qui leur est attribué s'appelle la "Sapaudia". Cette région forestière aux pentes abruptes,  désertée par les gaulois,  est située à l'est du Rhône et à l'ouest des Alpes, au sud du Léman.

 

Dès l'instant où les nouveaux arrivants se sont installés dans la région, leur histoire n'a pu être retracée que grâce à quelques rares documents… et beaucoup de suppositions.

 

Les burgondes vont réserver quelques surprises aux romains. Pour ces derniers comme le rapporte l'évêque Sidoine Appolinaire, ces barbares sont décidément infréquentables. Il relate avec dégoût "leurs habitudes de cuisiner l'oignon dès le petit matin, et de se oindre les cheveux avec de la graisse animale".

 

A mille lieues de l'image de sauvages arriérés que les légions leur prêtent, les Burgondes forment un peuple astucieux. Leur société est dotée d'une organisation sociale bien définie, de ses lois, de sa propre politique et de son administration. Cultivateurs, ils possèdent même un degré de connaissances agricoles très évolué.

 

Amateurs de grands espaces, les Burgondes, qui laisseront leur nom à la Bourgogne, se trouvent à l'étroit dans les limites de ce territoire imparti. Pour leurs cultures, ils ont un urgent besoin de terres cultivables. Celles qu'ils convoitent, placées entre la plaine marécageuse et la forêt, se trouvent dans la région d'Aigle. Ce serait pour cette raison qu'ils entreprennent d'envahir petit à petit la Vallée du Rhône, en amont de Villeneuve alors connu sous le nom de "Pennelucos". Encore une fois, aucune preuve de cette avancée massive n'est arrivée jusqu'à nous.

Une fois installés, les maîtres des lieux adoptent les mœurs des Helvètes, peuple celte venu lui aussi de Germanie.

 

Aubaine pour les nouveaux venus: Aigle se trouve à la croisée de grands axes de transhumance des population. La vie s'organise. La plupart des agriculteurs travaillent au service des grands propriétaires. Et l'un des principaux domaines se trouve sur la colline du château. De cette époque, les archéologues mettront à jour de la verroterie, mais également des squelettes retrouvés sur le site de la colline et aux alentours, notamment sous l'actuel chemin des Payernettes.

 

L'époque des Comtes de Savoie

 

Autour de l'an mille, le Chablais semble être un lieu attrayant pour le Saint Empire. La fin du monde, annoncée pour le premier jour du siècle n'a pas eu lieu. C'est donc avec un moral renforcé que se bâtissent des forteresses et des tours de guets dans les vallées.

 

Plusieurs versions se contredisent afin d'expliquer comment la région est arrivée entre les mains de la Maison de Savoie. Pour les uns, l'empereur de Germanie Conrad II,  descendant d'Othon Ier le Grand, en aurait fait cadeau à Humbert aux Blanches Mains, Comte de Savoie. Pour d'autres, ce serait la veuve de Rodophe III, roi de Bourgogne, qui aurait offert ce cadeau à Humbert. Ce dernier aurait ensuite fait venir de Chambéry les familles nobles et les chevaliers ensuite installés dans la première forcia.

 

Vers 1179, à l'époque des grandes cathédrales, les constructeurs ne sont pas rebutés par les ouvrages de longue haleine, mais solides. Construire une première tour sur la colline, pour y abriter les chevaliers de la région, fait partie des entreprises réalisables. Aucun croquis de l'époque ne permet de se figurer à quoi ressemblait le château lors de sa naissance. Seule  la base des textes donne la possibilité de reconstituer ce que fût la première construction, soit une tour rectangulaire de 19 mètres sur 14.

 

Selon les historiens, elle devait être aussi haute que longue, avec des murs d'un mètre de large.

Cette  maison forte (forcia) carrée ne dispose d'aucun accès par le rez-de-chaussée, par mesure de précaution contre les envahisseurs. Pour y accéder, il fallait emprunter une poterne, accessible par une échelle mobile, retirée pour la nuit. Cette poterne permettait une meilleure défense des lieux. Perchée sur la colline de Blonaire, la Tour a également dû abriter une chapelle. 

 

(Histoire du Château d'Aigle (Suisse) - Martine Bernier)

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×