Exemple 1 Biographie privée en style narration et citations personnelles

Chapitre 1

L'entrée dans le monde...

 

Si le prénom de son aïeul a disparu dans les brumes de sa mémoire, Bruno se souvient en revanche parfaitement de son patronyme: Racine.

Ce lointain grand-père  s'est marié une première fois. De ce mariage est née une fille, Yolande Clot, la tante de Bruno qu'il aura, par la suite l'occasion de rencontrer à trois ou quatre reprises. Elle-même aura un fils, Bernard, contemporain de son cousin et, aujourd'hui, père de cinq enfants.

Au bout de quelques années, le mariage de l'aïeul se solde par un divorce. Grand-père Racine, voyageur de commerce, épouse en seconde noce une jeune femme suisse allemande, Floria, surnommée Truddi en raison de l'aversion qu'elle portait à son prénom. Elle-même avait travaillé comme sommelière dans le canton de Neuchâtel où ils se sont rencontrés. De cette union naîtra, Jacqueline, future mère de Bruno.

 

Sa grand-mère, l'enfant a eu l'occasion de bien la connaître. Il analyse aujourd'hui avec recul la relation pour le moins volcanique qu'elle entretenait avec sa fille: "Elles avaient des rapports maladifs et destructifs. Elles passaient leur temps à s'accabler d'injures. Mais, d'un autre côté, elles ne pouvaient pas se passer l'une de l'autre…Systématiquement, des périodes de silence suivaient leurs scènes. Puis l'une disait de l'autre qu'elle était vilaine… et tout recommençait!"

 

Selon Yolande, la plupart des attitudes que Jacqueline va adopter par rapport aux hommes lui ont été apprises par sa mère. Celle-ci estimait  que les hommes sont sur terre pour que les femmes les utilisent. Il fallait donc savoir comment les aguicher…

 

De sa mère biologique, Bruno dresse un premier portrait. Celui d'une femme fragile, affectée de problèmes psychologiques qui ne la quitteront jamais.

 

"Elle était très agréable à regarder, attrayante, dotée d'un caractère infantile, un peu Lolita, qui semblait renforcer son charme. Des nuées d'hommes tournaient autour d'elle. Même si cela me fait mal, il faut l'avouer: elle était nymphomane, dans le vrai sens biologique du terme. Je suis un jour tombé sur un vieux rapport psychiatrique la concernant. Il y était indiqué que ses problèmes pouvaient être imputés à des difficultés rencontrées lors de sa naissance. Elle était née par forceps, et cette intervention aurait endommagé son cerveau. En fait, son caractère était étrange.  Elle n'a jamais été consistante sur quoi que ce soit."

 

La jeune fille effectue un apprentissage de commerce à Berne avant de partir pour Genève. C'est là que, un jour, situé vraisemblablement fin 1962, Jacqueline rencontre son futur mari: Bruno Iseppi. Le coup de foudre semble immédiat et réciproque, suivi d'une relation passionnelle et mouvementée.  Tant et si bien que, en 1963, est célébrée une double cérémonie: celle de leur mariage et du baptême de leur fils Bruno, né le 9 septembre de la même année. Un mariage triste, s'il faut en croire les rares photos qui en témoignent.

 

"Les parents de mon père, catholiques, habitaient au Tessin, explique Bruno. Ma grand-mère était italienne de souche. À l’époque, il était impensable d'avoir un enfant hors mariage. Cette situation  en a scandalisé plus d'un, parmi lesquels mes grands-parents paternels. Le mariage a été célébré en très petit comité. Sur les photos, mes parents ont les traits tirés…"

 

De son père qu'il n'a pour ainsi dire pas connu, Bruno ne garde que des souvenirs rares et diffus, plus proches de sensations lointaines que d'images claires.

 

"Je me rappelle d'un jour, je devais avoir un an et demi, où, gêné sans doute par une sensation de langes mouillés, je me suis mis à appeler mon père avec insistance. J'ai été profondément déçu lorsque j'ai vu apparaître le visage de ma mère… Je ne garde que très peu de souvenirs, mais ma tante Yolande, que je ne voyais qu'aux enterrements, m'a toujours dit que j'adorais mon père…"

 

Un jour pourtant, à peu près à cette époque, son père s'embarque pour l'Afrique du Sud. La version de sa mère est la suivante: "Papa est parti pour trouver un travail sur place, et nous faire une situation. Nous devions partir le retrouver." Mais comme les nouvelles n'arrivent plus au bout de quelques temps, elle classe l'affaire en le déclarant mort.

 

En fait, les choses sont plus compliquées que cela, comme le découvrira peu à peu Bruno.

 

"D'après les témoins, il semble que, lorsque mon père a pris le train pour partir, mes parents se sont disputés. Il y a eu un échange de gifles. Puis, plus de nouvelles. Je pense que cela a dû être une situation difficile à vivre pour lui aussi. Je crois qu'il s'agissait d'une passion amoureuse qui a très mal tourné. Il a fait ce que, dit-on, les hommes savent faire: fuir ou lutter. Là, il a choisi la fuite. Plus tard, j'ai appris que ma mère a vécu un autre amour passionnel avec quelqu'un d'autre. Comme les dates sont très proches entre cette relation et le départ de mon père, il est possible que soient intervenus, dans leur rupture, d'autres éléments qu'une simple mésentente conjugale. Pour ma mère, donc, mon père était mort. Mais, alors que j'avais 15 ans, une demande de divorce est arrivée chez ma mère biologique, après s'être baladée à travers toute l'Espagne… Je découvrais que mon père était bien vivant."

 

Bien plus tard, Bruno cherchera à le retrouver. Sans réelle conviction, et  sans succès.

 

(Biographie privée de Bruno K. - Ecriture: Martine Bernier)

 

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